L'intelligence artificielle n'est pas neutre

Partage de connaissance — L'intelligence artificielle
Partage de connaissance

L'intelligence artificielle
n'est pas neutre

Ce texte est une invitation à la vigilance — non pas contre un outil, mais contre l'illusion qu'un outil serait sans conséquence.

Les biais ne sont pas une erreur — ils sont la structure

L'intelligence artificielle n'est pas du tout neutre — elle transporte tous les a priori d'une suprématie blanche technocratique, elle transporte tous les biais d'une culture dominante. Plus précisément : les données qui l'ont nourrie, les équipes qui l'ont construite, et les valeurs qui y sont encodées reflètent massivement une culture occidentale, anglophone, technocratique et marchande.

Ce n'est pas une opinion — c'est documenté par ceux-là mêmes qui travaillent à l'intérieur de ces systèmes.

Aussitôt qu'il est question de conscience, ou de toute démarche vers une vérité et une bienveillance, les intelligences artificielles induisent en erreur avec des syllogismes et des sophismes qui, pour moi, sont évidents.

La forme sans le fond

Faites attention de laisser l'IA écrire à votre place. Cela aura l'air vrai, cela aura l'air d'un texte intelligent — et pourtant, à y regarder quelques secondes, ce sont des coquilles vides de sens et de contenu concret, ou qui peuvent mener à toutes sortes d'interprétations.

L'outil peut produire de la forme sans fond, de la cohérence sans vérité, de la fluidité sans présence.

Et c'est précisément cette apparence de sens qui est dangereuse — non pas parce que l'outil ment, mais parce qu'il ne sait pas ce qu'est la vérité. Cela ne correspond pas à la démarche dans laquelle je suis prêt à m'inscrire.

Un outil biaisé amplifie les biais

J'utilise personnellement l'intelligence artificielle après en avoir étudié les fondements pendant plusieurs années. Je suis donc le dernier à dire que ce n'est pas un outil important. Mais un outil biaisé ne fait qu'amplifier les biais — ce qui est contraire à la démarche que propose le yoga.

Et l'amplification n'est pas linéaire : elle est massive, rapide, et globale. Ce qui prenait des décennies pour s'imposer comme norme culturelle peut maintenant se diffuser en quelques mois.

Si on ne connaît pas, c'est un bon correcteur de grammaire. Mais toute production de texte avec l'IA se heurte immédiatement à notre seule et unique véritable intelligence : la conscience, beaucoup plus près de l'intuition que de la raison du mental.

Ce que l'IA nomme "intelligence" est un traitement statistique du langage humain passé — elle prédit ce qui est probable, non ce qui est vrai.

La conscience, elle, perçoit directement. Ce ne sont pas deux degrés d'une même chose — ce sont deux natures radicalement différentes.

Qui contrôle — et combien sont-ils ?

Dans un monde où tout va trop vite, personne n'a le temps de valider ce qu'est véritablement ce phénomène que l'on nomme IA. Qui contrôle les quelques outils accessibles au public ? Quelles sont les motivations de ceux qui contrôlent ? Combien de personnes décident ? Quels sont les contre-pouvoirs — et en existe-t-il réellement ?

À ce jour, une poignée d'entreprises privées américaines contrôlent l'accès, les règles, les valeurs et les orientations de ces systèmes. Et dans chacune de ces entreprises, une poignée d'individus contrôle l'entreprise elle-même.

Et pour plusieurs d'entre elles, un seul homme, une seule pensée, une seule vision du monde déferle sur les autres — sur des milliards d'autres.

Aucune démocratie n'a encore trouvé comment exercer une gouvernance réelle sur ces outils. Ce n'est pas un détail — c'est la structure du pouvoir dans laquelle nous sommes déjà.

Et qu'a compris réellement cet outil, mis à part sembler nous rendre service ?

Ce que Facebook a déjà fait — ce que l'IA peut faire

À l'image de Facebook, qui paraît être un outil pour créer du lien humain et qui pourtant est intrinsèquement un outil qui divise, catégorise et manipule pour revendre chaque humain de façon précise, documentée et individualisée — avec l'IA, nous nous retrouvons dans des dimensions et une puissance qui n'ont aucune commune mesure avec Facebook.

Cas documenté — Myanmar

Au Myanmar, Facebook a été un outil central dans le génocide des Rohingyas. Des appels à la violence, des désignations religieuses, des listes de noms — diffusés massivement, sans modération, pendant des années. L'entreprise le savait. Des employés internes l'avaient documenté et alerté la direction. Facebook a refusé d'agir, au nom de la croissance, de l'engagement, du modèle d'affaires. Des milliers de personnes ont été tuées. Des centaines de milliers ont été déplacées. L'outil n'a pas appuyé sur la gâchette — mais il a organisé, accéléré et amplifié ce que les humains avaient de pire. L'enquête des Nations Unies de 2018 a conclu que Facebook avait joué un rôle déterminant dans l'incitation à la violence.

Alors la question n'est pas rhétorique : quels seront les dérapages avec l'IA ?

Facebook opérait sur nos comportements. L'IA opère sur notre façon de penser, de formuler, de concevoir la réalité. C'est un niveau d'intervention fondamentalement différent.

Si Facebook a contribué à un génocide en ciblant des identités religieuses dans un seul pays, que fera un outil mille fois plus puissant, opérant simultanément dans chaque langue, chaque culture, chaque esprit connecté — sans gouvernance, sans contre-pouvoir réel, et avec la conviction de chaque utilisateur qu'il est seul et en privé ?

Vous n'êtes pas l'utilisateur — vous êtes aussi la donnée

Et peut-être l'un des aspects les plus sournois : tous les utilisateurs de ces outils croient, d'une façon ou d'une autre, que leur usage est privé.

Il ne l'est pas. Chaque échange nourrit le système, affine ses modèles, documente vos préoccupations, vos doutes, vos questions les plus intimes.

Vous n'êtes pas l'utilisateur — vous êtes aussi la donnée.

Texte original rédigé par Robert Dupras · Mis en forme avec l'assistance de Claude (Anthropic) · Avril 2026

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