L'amour n'est pas une transaction

Réflexion sur deux postures d'accompagnement — de l'enfant à l'adulte

Développement vs approbation — une réflexion qui vaut autant pour l'accompagnement des adultes.

Il existe deux manières d'occuper le rôle de parent. L'une construit l'enfant, l'autre utilise l'enfant pour construire le parent.

Avant d'aller plus loin : ces deux postures ne sont pas des identités fixes. Elles sont des tendances, des habitudes de réponse. La plupart d'entre nous naviguons entre les deux selon les jours, les contextes, l'état dans lequel on se trouve. Ce qui compte, c'est la direction dans laquelle on s'oriente — et la capacité à se voir honnêtement.


Le parent en quête d'approbation

Ce parent a un besoin profond d'être aimé et validé par son enfant. Il confond son propre bien-être avec celui de l'enfant — non par malveillance, mais parce que sa propre blessure non résolue parle plus fort que ses intentions.

Le mécanisme est subtil : il ne supporte pas de voir son enfant frustré, triste ou en colère, parce qu'il le vit comme un échec personnel ou un rejet. Pour maintenir la paix et rester le bon parent, il cède, négocie sans fin, devance les désirs avant même qu'ils soient exprimés.

La conséquence, à terme : il devient l'otage émotionnel de son enfant. Ce faisant, il ne protège pas l'enfant du monde — il protège sa propre image. L'enfant, privé de limites claires, grandit avec une insécurité profonde et une difficulté réelle à habiter le monde tel qu'il est.


Le parent accompagnateur

Ce parent accepte de ne pas être aimé dans l'instant pour permettre à l'enfant de grandir. Il agit comme un tuteur — solide, présent, mais distinct.

Il observe les besoins réels de l'enfant — à court, moyen et long terme — plutôt que ses envies immédiates. Il sait que le conflit fait partie de l'éducation. Il offre une présence stable quand il y a un besoin réel, et sait se retirer pour laisser l'enfant rencontrer ses propres ressources.

La conséquence : l'enfant apprend que la réalité a des règles, et qu'il possède en lui ce qu'il faut pour y faire face. L'amour n'est pas une transaction — c'est une infrastructure.


Le piège de la culture actuelle

Notre culture valorise l'image et la satisfaction instantanée. Elle pousse au sauvetage permanent. On juge la qualité d'un parent au sourire immédiat de l'enfant — alors que la véritable bienveillance se mesure à la solidité de l'adulte qu'il deviendra.

Accompagner réellement demande quelque chose d'exigeant : accepter d'être celui qui déplait pour être celui qui bâtit. Dans des environnements parfois hostiles à cette posture, la seule reconnaissance possible nous est offerte par le temps. Et souvent au prix de plusieurs attaques.


Ce que j'en ai vécu

Je l'ai traversé en tant qu'homme, arrivé seul ici en région, loin des amis et de la famille. Malgré des sacrifices de vie considérables, une richesse intérieure, une paix et une sérénité s'installent au fur et à mesure que mon enfant — et les personnes que j'ai le privilège d'accompagner — grandissent intérieurement.

Ce n'est pas le fait de l'ego, ni de connaissances techniques. C'est simplement ce que j'ai reçu, que je partage de façon stable, ferme, et de plus en plus détendue.


De l'enfant à l'adulte

La réflexion vaut autant pour l'accompagnement des personnes adultes. Mais il existe une différence majeure : l'enfant accepte plus naturellement que l'accompagnant a quelque chose de précieux à lui apporter. L'adulte, lui, arrive avec une histoire déjà constituée, des blessures formées, une autonomie de choix pleine et entière — ce qui rend l'accompagnement à la fois plus délicat et plus exigeant pour les deux.


Namaste Robert Dupras · Avril 2026

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